Notre Histoire

 Parce que certaines histoires ne se lisent pas… elles se ressentent.

Et la nôtre en fait partie.

Comme beaucoup d’autres EBE, nous avons suivi un chemin, traversé des étapes, rencontré des doutes et des défis. Mais nous ne voulions pas raconter notre histoire comme une simple chronologie, ni comme une suite de dates et de décisions.
Nous voulions la raconter comme nous l’avons vécue : avec nos émotions, nos tremblements, nos joies, nos craquements, nos victoires — petites et grandes. Parce qu’au fond, cette histoire est plus qu’un parcours. C’est un petit miracle. Un bijou… technologiquement — ah pardon — on voulait dire humainement révolutionnaire. Alors voici notre histoire racontée par celles et ceux qui l’ont vécue.

Il était une fois… un droit oublié

1.L’histoire que nous allons vous raconter n’est pas une histoire féerique où tout s’arrange d’un coup de baguette magique. Ce n’est pas non plus un récit imaginaire où un héros extraordinaire viendrait sauver le monde.
Non.
C’est une histoire vraie.
L’histoire d’une mobilisation exceptionnelle pour faire valoir un droit constitutionnel :
“Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi.”—  Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946

Du silence de l’oubli au murmure de l’espoir 

À Épinay-sous-Sénart, comme dans beaucoup d’autres villes, des femmes et des hommes rêvaient secrètement de travailler.
Ils avaient l’envie, le courage, la détermination — mais jamais l’occasion de l’exprimer.
1. On les appelait  Personnes Privées Durablement d’Emploi.
Pas parce qu’elles ne voulaient pas travailler, mais parce que le monde du travail avait dressé des barrières : la course à la performance, la rentabilité à tout prix, la compétition permanente… Des codes qui excluent trop souvent ceux qui ne correspondent pas exactement aux normes.
Leur isolement était discret, presque invisible.
Pas un isolement que l’on remarque de l’extérieur, mais celui qui s’installe doucement, quand les journées se répètent, quand les portes restent fermées, quand le monde continue sa course sans eux.
Chaque matin, ils se levaient avec cette tension silencieuse : l’envie de montrer ce qu’ils savaient faire, de prouver qu’ils pouvaient être utiles, mais sans jamais trouver l’occasion de le faire.
Il y avait aussi la précarité — parfois légère, parfois écrasante — qui obligeait à tenir, à s’adapter, à sourire même quand le cœur était lourd.
C’était un quotidien fait de patience et de retenue, un quotidien où le désir de travailler se mêlait à la frustration de l’impuissance.
Mais au fond, malgré l’isolement et les portes fermées, l’envie de participer, de créer, d’avoir sa place persistait, silencieuse mais tenace.
2. À leurs côtés, les institutions poursuivaient leur œuvre, chacune avec ses outils et ses missions. La lutte contre le chômage faisait partie de leurs priorités : elles redoublaient d’efforts pour imaginer des solutions concrètes.
3. Et la ville suivait son rythme, avec ses habitudes et ses besoins.

Trois mondes, trois réalités qui coexistaient sans jamais se rencontrer.
Et puis… Ce silence, celui de la distance et de l’indifférence.
Mais ce silence est interrompu par un murmure d’espoir, porté par une nouvelle expérimentation : Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée (TZCLD).

2.La naissance d’une force insoupçonnée (2019-2020)

En 2019-2020, Épinay-sous-Sénart décide d’entreprendre un chemin audacieux : celui de TZCLD.
Son approche était différente, car elle était humaine :

  • Partir des personnes privées d’emploi,
  • Écouter leurs compétences et leurs envies,
  • Analyser les besoins concrets du territoire,
  • Créer des emplois qui correspondent aux personnes et aux besoins locaux, et non l’inverse.

En 2021, on est venu nous voir dans nos quartiers, pas pour nous compter ou nous classer, mais pour nous écouter. Vraiment.
C’était la première fois que nous pouvions exprimer :

  • ce que nous savions faire,
  • ce que nous aurions aimé apporter,
  • ce que nous pouvions construire pour la ville.

En mars 2022, lors du premier Comité Local pour l’Emploi (CLE), nous étions là mais pas en tant que spectateurs.
Nous étions des actrices et acteurs de ce collectif local, chargé de piloter le droit à l’emploi sur le territoire, aux côtés d’élus référents et de tous les acteurs volontaires.

Assis autour d’une table ronde, intimidés mais honorés. Nous avons raconté à cœur ouvert nos parcours, nos rêves, nos peurs, nos freins mais aussi  notre détermination, notre envie et  notre engagement.
Et pour la première fois, nos voix ont compté. Face à nous : le maire, les élus, les institutions.

Ils nous ont écoutés, surpris sans doute, mais certainement admiratifs. Ce jour-là, quelque chose s’est brisé — positivement parlant :

  • les regards ont changé, les perspectives aussi. Derrière les chiffres du chômage, il y avait enfin des êtres humains capables de travailler et  derrière les postes institutionnels, il y avait des êtres humains capables d’agir pour leur en donner l’accès.
  •  Une synergie s’est créée : solidarité, intelligence collective, conviction…Elle a pris racine — puissante, vivante, prête à changer nos vies et notre ville.
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3.Un puzzle qui  prend forme (2022–2024)

Au fil du temps, tout a pris forme, pièce par pièce.
L’expérimentation TZCLD nous a demandé trois années d’efforts, de doutes, de rencontres et d’écoute.

Ensemble, nous avons appris :

  • À écouter activement, pour découvrir des talents enfouis : des mains habiles, des esprits créatifs, des personnes minutieuses, patientes, imaginatives ;
  • À analyser les besoins du territoire : services absents, liens à retisser, tâches utiles non couvertes ;
  • À agir et structurer : imaginer, créer;  tester, ajuster, organiser….

Petit à petit, chaque pièce trouvait sa place.
Et  De ce puzzle sont nées nos activités fondatrices :

  • Cuisine et restauration
  • Upcycling (couture, menuiserie)
  • Médiation
  • Conciergerie

En avril 2024, après ce travail acharné, la reconnaissance officielle est tombée : Épinay-sous-Sénart était habilitée.

Un rêve devenait réalité.

4.L’air de la dignité — la naissance de       NOUVEL’R (mars 2025)

 Il aura fallu trois années de travail, 312 réunions, plus de 50 actions menées et 983 heures de bénévolat pour arriver jusque-là. Il fallait alors trouver un nom capable de porter, d’élever et d’honorer tout ce que nous avions traversé. 

 Ce nom, c’est NOUVEL’R, porté par un grand R :

    • R comme Renaissance
    • R comme Refus de l’exclusion
    • R comme Réexister

Un nom qui dit : ici, on respire un air nouveau. Un air plus humain, plus solidaire.

Un air qui rend digne, qui rend fier.

Le 17 mars 2025, NOUVEL’R naît.
Ce n’était pas une entreprise ordinaire : c’est une Entreprise à But d’Emploi, économiquement utile, socialement équitable, résolument solidaire.
Le fruit de persévérance, de détermination et de travail collectif.

 

5.Un  contrat vivant — le 14 mars 2025

Trois jours avant l’ouverture officielle de NOUVEL’R, le 14 mars 2025, quatorze personnes privées d’emploi ont signé leur CDI.

Ce n’était pas qu’un contrat.
C’était l’accomplissement de nos parcours et de nos efforts.

 il y  avait  des êtres humains vrais, sincères, sans distinction.

des larmes discrètes.
Des mains qui tremblaient.
Des yeux qui brillaient.
Des sourires hésitants, profonds.
Une joie partagée.
Une émotion authentique.
Un soulagement collectif.

Même le conventionnement, ce jour-là, n’était pas un simple acte administratif : il avait une âme.
Il disait : “Bravo, vous l’avez mérité.”

Cet instant formel  marquait le début d’une NOUVEL’Vie.

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6.Et aujourd’hui… notre histoire continue

Aujourd’hui, NOUVEL’R vit, respire et grandit.
Nous avons accueilli d’autres personnes, chacune avec son parcours et ses forces, chacune apportant sa pierre à l’édifice.
La différence est notre richesse.

Nous continuons à nous investir avec cœur et détermination, pour que NOUVEL’R résiste et que ses racines s’enfoncent profondément dans notre ville et dans nos vies.

Au-delà du travail et au-delà du contrat, nous avons construit une famille :
Une famille solide,  une famille solidaire.

Aujourd’hui, nous sommes heureux de vous annoncer que les Spinoliens et Spinoliennes sont entrés dans une « Nouvel » ère…
Celui… que l’on vous laisse deviner et peut être découvrir un jour 

En tout cas, c’est tout le mal que l’on souhaite à tous ceux qui souhaitent changer leur vie en travaillant.

Notre histoire existe en version “classique” sur le site de la ville d’Epinay sous Sénart.